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Charlie, et après ?

jeudi 15 janvier 2015

Les attentats contre l’hebdomadaire satirique et un supermarché ont engendré une réaction sans précédent. Mais que restera-t-il des grandes manifestations ?

4 millions de français sont descendus dans la rue pour afficher leur refus de l’intégrisme et leur attachement à la liberté d’expression.

Samedi 10 et dimanche 11 janvier, des millions de citoyens, unis dans la peine et le recueillement, se sont rassemblés dans de nombreuses villes françaises.

Dans le Loiret, la police a recensé 22.000 manifestants et des rassemblements étaient également organisés dans d’autres villes du département, comme Montargis, Pithiviers, Gien, Beaugency... La FSU a bien entendu apporté son soutien à cet élan qui augure peut-être déjà une prise en compte des difficultés que connaît actuellement le pays.

Un rassemblement autour de valeurs communes

En effet, des citoyens de toute opinion politique et de toute orientation religieuse ont défilé pour défendre la liberté d’expression et les valeurs de la République. Rassurant dans un contexte socio-économique difficile qui éloigne les français les uns des autres et où les radicalismes contribuent à une fracture culturelle. Les discours stigmatisant certaines populations y concourent grandement. Charlie Hebdo combattait ce genre de propos, bien que certains targuent le journal de racisme. Charb et ses acolytes prenaient soin de ne jamais critiquer les citoyens mais davantage les différentes institutions et organisations qui pervertissent l’esprit des hommes. Là est la différence entre Charlie Hebdo et certaines personnalités qui ne s’attaquent jamais aux puissances mais toujours au peuple et là se situe la limite de la liberté d’expression. Jamais Charlie Hebdo n’incitait à la haine de l’autre. L’humour, l’esprit critique, la solidarité, la générosité doivent être encouragés : c’est le message que délivrent chaque semaine les dessinateurs et journalistes de Charlie Hebdo.

Récupération politique

Mais déjà, les as de la politique se mettent en avant à des fins électoralistes. Etait-il nécessaire pour les élus de marcher devant le peuple et non à ses côtés ? Etait-il nécessaire d’inviter dans le cortège parisien des chefs d’état qui bâillonnent dans leur pays les esprits libres ou qui ne respectent pas les décisions de l’ONU, fournissant ainsi des moyens aux fanatiques de manipuler les plus faibles ? Les récupérations politiques des grands pontes nationaux, réclamant un coup la peine de mort, un autre la déchéance de nationalité, crachant ainsi sans pudeur sur les corps ensanglantés et sur les Droits de l’Homme, symbole de la France Républicaine, sont ignobles et nous les dénonçons. Nul besoin de Patriot Act : ce n’est pas en renonçant aux droits de l’Homme qu’on les défend. La FSU sera vigilante à ce que ces événements aussi graves soient-ils ne permettent pas de justifier la régression des libertés.

L’Ecole dans tout ça ?

Elle sera aussi vigilante à ce que l’Ecole ne soit pas montrée une nouvelle fois du doigt comme étant incapable de former les futurs citoyens. Pour rappel, la FSU combat depuis toujours les décisions européennes qui entendent faire de l’Ecole une fabrique de travailleurs soumis aux lois du marché. Depuis longtemps, les gouvernements successifs actent le renoncement à la transmission des valeurs républicaines au profit de l’employabilité future des élèves. Les enseignants, conscients des enjeux démocratiques, tentent tant bien que mal de maintenir l’esprit républicain au sein des établissements. Ils subissent tous les deux ou trois ans les changements d’appellation de l’instruction civique... Euh non, la morale laïque... Euh non... le Vivre Ensemble... Tous les deux ou trois ans, les ministres viennent nous expliquer que cette matière a disparu des programmes, pour soulager les instincts nationalistes d’une partie des français. Tous les deux ou trois ans, ils mentent et donnent l’impression que l’Ecole a abandonné sa mission première. Or, ce sont eux qui la relèguent au second plan ! Ce sont eux qui créent la confusion au sein des établissements. Enfin, ce sont eux qui, au sein des différents gouvernements, sont responsables de la situation économique du pays qui nourrissent les individualismes et les comportements anti-républicains. Ce sont eux aussi qui diminuent les horaires d’histoire à l’école, au collègue et au lycée, uniquement parce que celle-ci ne figure pas dans le référentiel PISA et que la course au productivisme scolaire fait rage en Europe. L’Ecole, si elle a son rôle à jouer, ne pourra être tenue comme seule responsable. Elle ne pourra pas non plus assurer pleinement ses missions sans des moyens supplémentaires.

Communautarisme et Grand Capital

Une semaine est passée et déjà le repli communautaire fait son retour. Chacun défend sa communauté, encouragé par des hommes politiques qui tentent de les séduire. Ainsi, un coup, on défend une communauté puis une autre, puis une autre... Dans les rassemblements, nous étions français avant d’être chrétiens, juifs, musulmans, athées. Pourquoi tout de suite reprendre les mauvaises habitudes en mettant en avant l’appartenance religieuse ? L’importation du modèle anglo-saxon en France, avec son ultra-libéralisme et son communautarisme, crée des tensions au sein de la société française, habituée à voir l’Etat jouer le rôle de protecteur. La main-mise de la finance sur les politiques économiques se retrouvent dans les postures de VRP des hommes politiques. On fait dans le clientélisme communautaire tandis que la grande distribution crée des besoins inutiles. Et dans ce sillage, les inégalités se creusent, formant le lit des intégrismes. Dans ce cadre, les politiques d’austérité doivent disparaître au profit de politiques redistributives. La laïcité doit retrouver sa place et un débat doit être mené pour en redéfinir les contours. Doit-elle être inclusive et exclusive ? Quels espaces et quelles personnes concernent-elles ? L’Etat doit-il continuer à financer, voire autoriser l’enseignement confessionnel ? Le SNUipp-FSU45 réclame que ce débat se tienne et que des mesures comprises de tous en assure la pérennité.

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