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Le SNUipp-FSU 45 écrit au DASEN : changement stages de réussite d’août

lundi 5 juillet 2021

Bien que le SNUipp-FSU ne soit pas favorable à l’organisation des stages de « réussites » durant les vacances, loin de régler le fond des difficultés scolaires, la manière dont l’administration communique et décide de leur organisation pour le mois d’août à 2 jours des vacances d’été n’est pas acceptable !

La direction académique nous a proposé une audience le soir même. Compte rendu de nos échanges...

Suite à l’interpellation de plusieurs collègues concernant les changements d’organisation des stages de réussites au mois d’août, le SNUipp-FSU45 a écrit au DASEN ce lundi 5 juillet :

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Le point de vue du SNUipp-FSU concernant les stages de réussites :

Notre système éducatif subit de nombreux bouleversements. Les stages de « remise à niveau » sur le temps des vacances en font partie. Nous appelons les collègues à ne pas faire partie des « volontaires » pour de multiples raisons.

D’un point de vue pédagogique d’abord.

Il ne faut pas confondre « difficultés scolaires » et « manque de travail ». Multiplier les heures n’a pas pour corollaire « apprendre mieux ».

Cette mesure s’inscrit dans un contexte de déplacement des problèmes scolaires vers la seule école primaire et nie, de ce fait, l’impact de la situation sociale sur les résultats des élèves.

Bien qu’« experts », selon la formule consacrée, face à des enfants en difficulté, nous ne sommes pas toujours capables d’en comprendre l’origine. Nous faisons alors appel à nos collègues du RASED, afin qu’ils nous aident à interpréter les constats que nous pouvons faire. Dans tous les cas, nous avons affaire à des situations singulières, qui nécessitent des réponses adaptées, construites sur la durée, qui prennent en compte l’enfant dans sa globalité et pas seulement la compétence mal maîtrisée. Forts de notre expérience, et par honnêteté professionnelle, nous ne nous sentons donc pas en mesure de « remettre à niveau » des élèves, quand nos collègues n’y sont pas parvenus eux-mêmes. Soit nous nous spécialisons, soit nous nous abstenons, car nous refusons de donner l’illusion aux enfants et à leurs parents que c’est simple et qu’il suffit de…

L’apprentissage n’est pas une mécanique. Il ne suffit pas de remettre les pièces dans le bon sens.

D’aucuns diront que cette mesure répond aux demandes des familles qui ne peuvent pas s’offrir des cours privés. Par expérience encore, les élèves qui reçoivent des cours en dehors de l’école ne sont pas obligatoirement de « mauvais·es » élèves. C’est plutôt que l’école ne colle pas toujours à l’image que s’en font les parents, écarts que les cours particuliers sont chargés de combler.

Ce dispositif ne fera donc pas d’ombre aux officines privées. Bien au contraire, il ne fait que les justifier. N’oublions pas que notre système éducatif public, bien que déjà rogné, demeure une manne financière que nous n’imaginons même pas. Enfin, nous ne comptons plus la multitude de dispositifs qui ont pu être mis en place ces dernières années. Quelle évaluation en a été faite ?

Du point de vue des enseignant•es et des salarié•es que nous sommes

Le mélange des genres est-il acceptable ? Associer « revalorisation salariale » et échec scolaire nous semble être une préparation royale au principe du salaire au mérite.

Mais de quel mérite parle-t-on ? Dans la logique du pouvoir politique en place, il dépend uniquement de la réussite des élèves. Il sera facile de donner l’illusion que ce dispositif fonctionne : le taux d’échec scolaire sera divisé par trois, mais à partir d’évaluations qui n’ont rien à voir avec l’idée que nous nous faisons de l’école. Cela voudra dire qu’en y mettant du nôtre, nous sommes capables de résorber cet échec. Alors, pourquoi ne pas l’intégrer à notre temps de travail ?

Notre temps de travail, parlons-en. Le rapport Pochard cite une enquête réalisée en 2000 sur le temps de travail des enseignants. Les professeurs du premier degré effectueraient en moyenne 42h18 par semaine sur 36 semaines. Préparer correctement nos interventions auprès d’un groupe de six élèves pendant 15 heures demande aussi du temps. Il n’y a pas que les élèves qui soient fatigables. Les enseignant·es aussi. Les vacances servent à récupérer et à préparer notre classe pour la plupart d’entre nous. Beaucoup d’entre nous aimeraient plutôt tendre vers la reconnaissance voire un allégement de notre charge de travail. Cette charge de travail serait encore accrue pour les directeurs, directrices d’école et nos collègues de CM, même ceux qui ne sont pas volontaires.

Bien sûr, nous sommes de plus en plus nombreux à rencontrer des difficultés financières. Mais nous restons convaincus que l’individualisation des salaires, c’est de cela dont il s’agit, est une mauvaise solution, et que la proposition d’aujourd’hui n’est pas pérenne. Nos revendications salariales portent sur l’augmentation du point d’indice, seul moyen de reconnaître l’évolution de notre charge de travail et de revaloriser notre profession ; le système des heures supplémentaires coupera court à ces discussions. Les préconisations des différents rapports sur le système éducatif tendent toutes vers une annualisation du temps de travail ! C’est une augmentation de salaire pour tou·tes qu’il faut obtenir !

En tant que citoyen•nes

Nous sommes très attachés au Service Public d’Education, et aux services publics en général. Le principe du bouclier fiscal ne nous satisfait pas. La réduction des ressources de l’État a pour corollaire celle du financement des services publics (et de nos salaires...). À terme, il y aura de moins en moins d’école. La suppression des 11 200 postes cette année dans l’éducation nationale n’est qu’un prélude. Cette mesure ne saurait compenser la baisse constante et programmée de l’offre éducative : non remplacement des enseignant·es, pénurie d’enseignant·es spécialisé·es, insuffisances en matière de formation initiale et continue, impossibilité de travailler sereinement avec des petits groupes, … et ce, dans un contexte d’ inégalités sociales exponentielles.

Elle s’inscrit dans un système plus global d’école à plusieurs vitesses qui tourne volontairement le dos à une éducation ambitieuse pour tou·tes.

Malgré leur aspect anodin et parfois tentant, ces quelques heures de remise à niveau sont une bombe à retardement sur un terrain déjà miné.

Regardons donc bien où nous mettons les pieds avant de nous y engager !

L’audience avec l’équipe de direction académique

À la réception de ce courrier, l’équipe de direction de la DSDEN45 nous a proposer une audience en visio le lundi 5 juillet en fin de journée.

Étaient présent•es :

pour la DSDEN 45 > le DASEN M. Ballé, la DASEN adjointe Mme Guggiari, la Secrétaire Générale Mme Dubarle-Meyer,

pour le SNUipp-FSU > les co-secrétaires départementaux Laurianne Delaporte et François Maulard

En préambule le SNUipp a évoqué de toutes les incidences d’une décision à deux jours des congés comme surcharge de travail pour informer toutes les familles qui finalement ne bénéficieront pas du stage fin août mais aussi des collègues qui ne pourront pas les encadrer (avec toutes les difficultés pratiques pour les familles qui seraient déjà parties à l’étranger). Le SNUipp s’est étonné d’un calendrier si tardif alors que la DSDEN a commencé à communiquer sur ces stages début juin. Le SNUipp regrette les écarts d’informations entre les collègues en fonction de leur circonscription.

Pour comprendre cette décision, il faut savoir que pour l’organisation des ces stages de réussites le ministère alloue à chaque département un budget pour une année scolaire. Chaque année ce budget est revu au regard de la participation aux stages les années précédentes. Il y a 4 périodes d’organisation de ces stages : automne, printemps, début juillet et fin août.

Clairement, cette année ni la DSDEN ni le ministère n’avaient anticipé une augmentation de la participation à ces stages.

Ainsi dès l’automne (post 1re vague de la crise sanitaire et déconfinés) presque la moitié du budget prévu a été consommé, très au delà de ce qui se pratiquait les autres années.

Périodes Automne Printemps Début Juillet Fin Août
Nb Heures supplémentaires demandées 3312 1169 1852,5 presque 1800
Budget restant 7180 3868 2699 846,5

Ainsi l’administration voyant les propositions d’organisation de ces stages pour cet été dépasser très largement le budget disponible, a dû travailler un projet afin de rentrer dans l’enveloppe budgétaire.

C’est pourquoi la DSDEN a communiqué ce lundi matin aux IEN de maintenir les projets de stages pour le mois de Juillet car les délais étaient trop courts pour transmettre les informations aux familles, puis prioriser les stages proposés aux CM2 pour la période de fin août.

Au fil de la journée, l’administration a avancé sur une proposition que l’intégralité des stages qui ne pourront être tenus en août soient différés à l’automne de l’année scolaire 2021-2022 (donc sur le prochain budget).

L’administration s’est engagé pour l’année prochaine à mieux anticiper le projet et à améliorer les prévisions de besoin budgétaire.

Le SNUipp a conclu en rappelant que ces stages ne peuvent en aucun cas répondre aux besoins de l’école pour la réussite des élèves, et que cette année très tourmentée aurait mérité une meilleure fin que cet épisode.

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